Comprendre le rapport qu’entretiennent les médias avec le monde du rap
Compétences requises
En cas de difficultés avec les compétences requises, clique sur les thématiques que tu veux travailler
Ou recherche un cours avec tes mots clés
exemple : guitare électrique accord niveau 1
Depuis son apparition dans les années 1980 en France, le rap n’a pas toujours bénéficié de la reconnaissance qu’il mérite dans les médias. Alors comment expliquer ce mépris et cette absence ? Quelles ont été les alternatives ? Pourquoi y’a t’il un décalage aussi grand entre le mépris du rap par les médias et le succès commercial et populaire de cette musique ? Et enfin qu’en est-il de cette situation aujourd’hui ?
Pourquoi le rap est-il si peu représenté ?
Qu’est ce que le rap ? Qui sont les médias ?
Pour comprendre pourquoi le rap a toujours été si peu et si mal représenté dans les médias, il faut se demander d’où vient le rap, qu’est ce que cette musique véhicule, et qui sont les médias.
Le rap français, à son commencement et dans une moindre mesure encore aujourd’hui, est une culture née dans les cités et les quartiers populaires. Les premiers rappeurs exprimaient ainsi à travers leurs textes et leurs musiques, leurs préoccupations et racontaient leurs conditions de vie parfois difficiles. De l’autre côté, les médias les plus en vogue s’intéressent assez peu à ces populations sauf pour parler de délinquance, de trafic de drogue, et de manière générale des aspects négatifs. En conséquence, les rappeurs, lorsqu’ils étaient invités sur les plateaux télé ou dans les journaux, n’étaient questionnés que sur ces thématiques et assez rarement sur leur musique. S’engageaient alors un véritable dialogue de sourds entre des artistes venus faire la promotion de leur art et des médias qui ne les percevaient que comme des porte-paroles de la jeunesse de banlieue. Les artistes rap ne sont donc pas très populaires auprès des médias grands publics depuis la naissance de ce mouvement musical. La situation ne s’est pas beaucoup améliorée au fil du temps, et le rap reste aujourd’hui encore sous-représenté dans les médias même s’il est la musique la plus écoutée en France.
Pour creuser le sujet, ces vidéos expliquent justement tous les problèmes liés à l’incompréhension du rap :
Des exemples de mauvais traitement
En guise d’illustration, nous pouvons revenir ici sur quelques cas emblématiques de la relation compliquée qu’entretiennent les médias avec les rappeurs.
- Fabe :
Un des premiers cas emblématique est l’invitation du rappeur Fabe en 1995 dans l’émission Taratata animée par Nagui. Au cours de l’interview, l’animateur et ses invités se montrent particulièrement méprisants envers l’artiste et le rap en général en imitant et en dévalorisant le travail des rappeurs. Fabe, après avoir expliqué le problème aux protagonistes, quitte le plateau et ne reviendra plus dans cette émission.
- Youssoupha :
En 2009, Youssoupha sort un morceau intitulé “A force de le dire” où il déclare “Je mets un billet sur la tête de celui qui fera taire ce con d’Eric Zemmour”. Ce dernier prend le texte au premier degré et porte plainte contre le rappeur pour menace de mort. Les médias ne manqueront alors pas de présenter Youssoupha comme un dangereux rappeur appelant à la haine, oubliant au passage toutes les provocations et propos haineux d’Eric Zemmour envers le rap. En 2011, Youssoupha sort le morceau Menace de mort pour répondre à Eric Zemmour. Ce morceau deviendra un classique du rap français. S’il perd d’abord son procès, Youssoupha sera finalement relaxé.
- Vald :
2017, Vald est en promotion et passe par l’émission Salut les terriens. S’en suit alors une séquence où l’artiste dépourvu ne peut répondre qu’avec ironie aux questions déplacées de l’animateur. Islam, capitalisme, moquerie, tout y passe. Les clichés sur le rap restent tenaces.
- Nekfeu :
Dans cette interview de 2015, Nekfeu vient faire la promotion de son premier album “Feu”. Les deux journalistes en face de lui ont apparemment quelques idées reçues sur l’artiste et doutent de ses références. Les rappeurs n’auraient-ils pas le droit de lire ? La suite de l’interview montre également à quel point la lecture des textes de l’artiste par les journalistes est erronée.
Vald réalisera par la suite une parodie très réussie de cette interview :
- Jul :
Jul est un des artistes les plus en vue, mais aussi des plus incompris. Sa musique fascine autant qu’elle est détestée. Ainsi, le rappeur a de nombreuses fois fait l’objet de critiques injustifiées et méprisantes. Un exemple assez parlant est l’épisode de la garde à vue. Le rappeur ayant passé une soirée en garde à vue a tenu à poster un mot d’excuse, conscient du mauvais exemple qu’il a donné et de son influence sur certains jeune :
“Désolé ma team pour ce qu’il cest passé. Je sait qui a des enfant et des parent qui me suive cest pas une bonne image pour tt le monde donc voila je tenez a mescusez !”
Ce mot d’excuse bourré de fautes d’orthographe n’a été traité et retenu que pour cette seule caractéristique. Pour certains médias, c’était la première fois qu’ils évoquaient l’artiste et plutôt que de parler de sa musique, de son succès et de sa réinvention du rap, les médias ont visiblement préféré railler son orthographe.
Les différents médias
- Les médias généralistes
Les médias généralistes, c’est à dire les médias dont la vocation première n’est pas de parler de rap mais de l’actualité en général, ont donc montré de nombreuses fois leur incompétence pour parler de rap et leur mépris pour ce mouvement culturel.
Les vidéos suivantes expliquent bien le problème des médias généralistes et reviennent sur quelques exemples marquant :
- Les médias spécialistes
Pour contourner ce problème et offrir aux rappeurs la reconnaissance et le traitement qu’ils méritent, des médias spécialistes se sont créés et ont peu à peu pris de l’importance.
Il y a d’abord des médias écrits sur internet : Yard, Interlude, Reaphit, 1 Jour 1 Clip (pour les plus récents) ; mais également des chaînes youtube qui analysent et parlent de rap : Le règlement, Raska, Rap etc.
Souvent, ce sont des journalistes amateurs, c’est-à-dire qui n’ont aucune formation en la matière et se lancent en autodidacte. Ce sont pourtant les mieux placés pour parler de rap puisque ce sont des auditeurs et gens qui s’y intéressent !
Les réponses des rappeurs
Face au mépris des médias et à leur mauvais traitement, les rappeurs optent pour plusieurs stratégies :
Un désamour réciproque : Les artistes, face au mépris médiatique, n’hésitent pas eux aussi à exprimer tout leur mépris et leur colère vis-à-vis des médias. On peut par exemple citer Youssoupha dans son morceau Menace de mort : « Et la droite se déchaîne, m’affiche à la une du Figaro, Encore un article pour faire mentir le baromètre, Qui me confirment que certains journalistes de merde sont malhonnêtes » ; il y a aussi PNL qui expliquent dans le morceau Tu sais pas : « On a schlassé, tiré, vendu pour manger, tu sais rien, Fuck vos interviews, j’aurai pu passer dans vos reportages de chiens ».
Une stratégie d’évitement et d’absence : Certains artistes ont décidé, plutôt que de se faire humilier sur les plateaux télé, de ne tout simplement plus parler du tout aux médias. Cette stratégie innovante et inédite s’est révélée payante car, dans un contexte où les médias sont très omniprésents avec l’importance des réseaux sociaux, le silence est une stratégie de communication originale et qui permet de se démarquer. Ainsi, PNL n’ont jamais accordé d’interview et sont très discrets et pudiques sur les réseaux sociaux. PNL est pourtant aujourd’hui un des groupes de rap français les plus connus et chacune de leurs sorties (de clips notamment) est très attendue et rencontre un succès inégalé. Nekfeu a opéré la même stratégie pour la promotion de son dernier album, Les étoiles vagabondes, et le succès a une fois de plus été au rendez-vous puisque ce projet est certifié disque de diamant et est l’album le plus vendu en 2019.
Conclusion :
Il faut parler du rap quand on le comprend, quand on s’y intéresse. Le problème n’est pas que les gens ou les médias n’aiment pas le rap, c’est qu’ils ne font pas l’effort de le comprendre, et de s’y intéresser. Le rap est aujourd’hui la musique la plus écoutée en France et la plus productive, pourtant la couverture médiatique reste trop dévalorisante et hors de propos.
Prendre un autre cours
étiquettes roses !
Elles trouvent pour toi des cours classés par thématiques, niveau, instrument, artiste…