Pouvoir s’accorder à l’oreille, réussir à entendre les battements entre deux notes désaccordées
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L'art de l'accordage, suite
Nous l’avons déjà vu, s’accorder c’est en fin de compte faire en sorte que son instrument sonne « juste ». Mais au fait, ça veut dire quoi « sonner juste » ?
La justesse est une notion assez délicate à définir (il en existe d’ailleurs plein de définitions différentes), mais l’idée principale à retenir, c’est qu’on ne peut dire qu’une note n’est juste (ou fausse) que par rapport à une référence qui a, elle, été préalablement définie comme étant « juste ». Il n’y a pas de note juste dans l’absolu, il faut forcément un point de comparaison.
C’est d’ailleurs sur ce principe que fonctionne l’accordeur : il compare la note qu’il « entend » à une référence jugée « juste » enregistrée dans sa mémoire, et indique l’écart qu’il perçoit entre la note entendue et la référence enregistrée.
Première bonne nouvelle, donc : la justesse est relative ! Donc si quelqu’un te signale que tu joues faux, tu es tout à fait en droit de lui dire « non, je joue juste mais dans mon système de justesse à moi ». Par contre fais attention, cette technique ne fonctionne pas avec les profs de basse… Et plus sérieusement, il y a des situations où il est assez difficile de dire qu’on est juste. Si tu es avec un-e autre musicien-ne et que vous devez tou-te-s les deux jouer un do, si on entend deux notes différentes on sait que ce n’est pas bon : il y a au moins l’un des deux do qui n’est pas juste. Ou plus exactement : vos notes ne sont en tout cas pas justes l’une par rapport à l’autre.
Mais, deuxième bonne nouvelle : quand on n’est pas juste, cela s’entend. Ce qui veut donc dire qu’on peut savoir quand on est juste ou non et même, encore mieux, qu’avec de l’entraînement on peut savoir dans quelle mesure on est juste ou non et se raccorder pour que tout rentre dans l’ordre. Tout cela est possible grâce à notre capacité à entendre les battements, et c’est donc ce que nous allons comprendre et apprendre maintenant.
A la recherche des battements
Nous allons de nouveau devoir faire un (tout) petit peu de physique pour bien comprendre ce qu’il se passe lorsque l’on s’accorde.
Prenons deux notes, très proches en terme de hauteur (mais pas tout à fait identiques) et jouons-les en même temps :
Pour faire ça j’ai utilisé le logiciel gratuit Audacity, dans lequel j’ai généré deux sons, respectivement de 440 et 445 hertz. En français, ça veut dire que le deuxième son (celui du bas dans la vidéo) est très légèrement plus aigu que le premier, mais pas de beaucoup, ce que l’on peut entendre lorsqu’on les joue l’un après l’autre.
Mais on entend aussi qu’il se passe quelque chose de très intéressant lorsqu’on joue les deux sons en même temps : leur superposition génère une sorte d’effet bizarre où le son disparaît et réapparaît en oscillant. C’est précisément ce phénomène que l’on appelle battement, et c’est très important puisque toute la méthode d’accordage de cet article est basée sur ça.
Globalement il faut retenir les deux choses suivantes :
- Les battements ne deviennent audibles que lorsque les deux notes que l’on compare sont très proches l’une de l’autre
- Plus les deux notes sont proches, plus les battements sont lents jusqu’à disparaître totalement lorsque les deux notes sont parfaitement accordées entre elles
Je ne rentrerai pas dans les détails physiques qui expliquent cet effet de battement, les fans de physique peuvent aller par ici pour en savoir plus. L’idée en gros est que, comme les deux ondes sonores ne se superposent pas tout à fait, tout se passe comme si elle se décalaient un peu au cours du temps, ce qui fait qu’elles s’annulent à certains moments et s’additionnent à d’autres de manière régulière, ce qui produit cet effet de va-et-vient dans le son.
On peut néanmoins souligner que cet effet est connu depuis très longtemps, comme en témoigne par exemple le fait que le compositeur baroque italien Giuseppe Tartini en parle de manière très détaillée dans son livre Trattato di musica secondo la vera scienza dell’armonia (« Traité de musique d’après la vraie science de l’harmonie ») paru en 1754. Et que, donc, on l’utilise depuis très longtemps pour s’accorder. Alors félicitations si tu t’accordes en utilisant la méthode de ce cours : tu perpétues une tradition vieille de plusieurs siècles !
Et la basse dans tout ça ?
Bon, c’est super maintenant on sait ce qu’est un battement et on pourra briller au prochain repas de famille. Mais comment on s’en sert pour accorder notre basse ?
Déjà, il faut différencier deux types d’accordage, que l’on pourrait appeler accordages « collectif » et « perso ». Dans les deux cas, on va partir à la chasse aux battements pour essayer de les éliminer, mais la note avec laquelle on va comparer celle que l’on veut accorder proviendra d’une source différente : soit d’une autre source sonore (comme un autre instrument), soit de notre propre basse.
Bouge pas je t’explique !
L’accordage « collectif »
C’est la méthode à utiliser lorsque tu dois jouer en groupe ou avec un accompagnement audio.

Cette petite fourchette à deux branches s’appelle un diapason.
Il s’agit d’un outil spécialement conçu pour jouer un la à 440 hertz (vibrations par seconde), qui est la note de référence sur laquelle la plupart des instruments s’accordent.
Petit, fonctionnant sans pile et facile à glisser dans une poche, il est l’alternative idéale à l’accordeur !
Astuce de pro : si tu appelles un téléphone fixe et que tu le laisses sonner, la tonalité que tu entendras (dans ton téléphone à toi) est aussi un la à 440 hertz. Pratique si tu as oublié ton diapason !
Pour s’accorder de cette façon, il faut suivre la méthodologie suivante :
-
- Fais en sorte que ta source sonore externe produise une note correspondant à l’une de tes cordes à vide (le la du diapason fonctionne donc très bien puisque la basse possède une corde de la). Tu peux également t’aider de vidéos spécialement faites pour accorder la basse comme celle-ci.
- Pendant que cette note résonne, joue la corde correspondante en même temps
- Ecouter attentivement ce qu’il se passe et essayer d’entendre s’il y a ou non des battements entre les deux notes
- Si besoin, raccorde-toi en tournant la mécanique de la corde concernée. Si tu ne sais pas dans quel sens tourner, teste. Si les battements s’accélèrent, ce n’est pas bon. S’ils ralentissent, continue jusqu’à ce qu’il soient trop lents pour être entendus.
- Si possible, répète cette opération pour les autres cordes, si la source que tu utilises peut produire les autres notes de tes cordes à vide. Sinon, utilise l’une de techniques d’accordage « individuel » décrites plus loin.
L’accordage « individuel »
Astuce de pro : plutôt que de choisir une corde de référence totalement au hasard, je te conseille de plutôt prendre l’une des cordes extrêmes, voire même de préférence la plus aiguë. Ce sera ainsi plus simple d’accorder les autres !
La 5e case
La note jouée à la 5e case d’une corde est la même que celle produite par la corde à vide supérieure.
Inconvénient : difficile de faire sonner les deux notes et de s’accorder en même temps !
La 7e case
La note jouée à la 7e case d’une corde est la même, à l’octave, que celle produite par la corde à vide inférieure.
Inconvénient : difficile de faire sonner les deux notes et de s’accorder en même temps !
La « +2 »
La note jouée en case m sur la corde n produit l’octave inférieure de la note jouée en case m+2 sur la corde n+2.
Exemple : la note jouée sur la première corde à vide est l’octave de celle qui est jouée à la troisième corde, deuxième case.
ATTENTION : les deux techniques suivantes nécessitent de savoir faire des harmoniques naturelles. Si ce terme ne te dit rien ou que tu n’es pas à l’aise avec cette technique, je t’invite à aller d’abord consulter le cours sur les harmoniques naturelles.
Ces techniques avec harmoniques sont au final plus simples à utiliser que celles qui sont présentées plus haut, puisqu’elles permettent de laisser résonner les deux notes plus facilement (sans laisser le doigt posé) et également de mieux entendre les battements, puisque les notes produites sont plus aiguës.
Harmoniques 5-7
La note produite en jouant l’harmonique naturelle de la 5e case sur une corde produit la même note que l’harmonique naturelle de la 7e case sur la corde supérieure.
Harmoniques 7-12
La note produite en jouant l’harmonique naturelle de la 7e case sur la corde n est l’octave de la note produite en jouant l’harmonique naturelle en 12e case de la corde n-1.
Conclusion
Et voilà, tu sais maintenant t’accorder sans accordeur !
Si on résume brièvement, l’idée est la suivante :
- si tu joues seul-e, alors tu peux te contenter des méthodes d’accordage « individuel ». Car même si ta basse n’est pas accordée sur le la du diapason, elle sera juste par rapport à elle-même, et c’est la seule chose qui compte vraiment dans cette situation
- si tu joues avec d’autres gens (ou un accompagnement musical) en revanche, il est important que tu accordes ta basse sur la même référence que les autres instruments de ton ensemble. Pour ça, il faut accorder au moins l’une des cordes sur cette référence commune, puis tu peux ensuite utiliser les techniques d’accordage individuel pour accorder le reste de ta basse sur cette corde qui, elle, sera calée sur la référence
Tu n’as donc maintenant vraiment plus plus aucune excuse pour jouer désaccordé-e, puisque tu sais désormais que peu importe la situation, TU PEUX ET TU DOIS T’ACCORDER AVANT DE JOUER !
BONNE BASSE !
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