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L’origine
En 1711, l’écrivain italien Scipione Maffei publie la première description d’un “clavecin qui joue fort et pas fort” (en traduisant mal), en y incluant des schémas de son mécanisme. Cet article sera traduit et diffusé dans toute l’Europe.
C’est Bartolomeo Cristofori, un facteur de clavecin et de clavicorde, qui inventa la premier “piano-forte” vers 1710 (la date est incertaine). Employé par la fameuse famille des Medicis, il fabriqua une vingtaine de pianoforte dans sa vie. Seuls trois de ses instruments existent encore de nos jours. Ils sont exposés à New-York (Metropolitan Museum Of Art), à Rome (Musée National des Instruments de Musique de Rome) et à Leipzig (Musikinstrumenten-Museum).
Bien sûr, le pianoforte vient du clavecin (ou cymbalum). Le défi était d’adapter le clavier pour faire en sorte qu’il agisse aussi bien sur l’étouffement du son que de son attaque. Ceci est rendu possible par l’utilisation de marteaux (contrairement au clavecin) qui viennent frapper la corde et non la pincer. Ceci a été très compliqué à fabriquer. Il fallait que les marteaux viennent frapper la corde et cesser d’être en contact avec elle une fois frappée, en plus de revenir à leur position initiale sans rebondir. De nos jours, on a du mal à le comprendre mais le défi technique était assez énorme : il fallait choisir les bons matériaux, faire les bons calculs, fabriquer selon les mesures, tout assembler manuellement… Ces pianoforte connaîtront par ce fait beaucoup d’instabilité mécanique, et ce jusqu’à la mort de Mozart (1791). Malgré une ressemblance apparente au clavecin, le pianoforte en reste très différent. Ce dernier va petit à petit prendre le dessus sur l’autre, grâce à son amplitude sonore et expressive.
Voici une vidéo où l’on peut écouter le son d’un pianoforte
En Allemagne, un des premiers grands facteurs de pianoforte fut Johann Gottfried Silbermann. Ses pianofortes étaient des copies conformes de l’invention de Cristofori, il y ajouta cependant un système de pédale (très difficile à actionner) qui permettait de relâcher tous les étouffoirs d’un coup. Oui, c’est bien l’ancêtre de notre pédale forte !
Silbermann fabriqua énormément de pianoforte et forma beaucoup de facteurs d’instruments. Ce qui fait qu’il y eut un énorme essor de fabrication de pianoforte en Allemagne au XVIIIème siècle.
En Angleterre, un des apprentis de Silbermann, Americus Backers inventa en 1772 le pilote mobile, qui permettait la répétition d’une même note plus rapide et plus forte. Son idée fut copiée par John Broadwood et Robert Stodart. A l’époque, le pianoforte commençait à devenir très populaire, il y avait beaucoup de demandes. Les facteurs d’instruments commencèrent à laisser tomber le clavecin pour se concentrer sur le pianoforte. La fabrication de pianos devient un marché très porteur en Angleterre, où de nombreuses entreprises furent créées.
Dans l’Allemagne de la fin du XVIIIème et du début du XIXème, les pianos aussi connurent un engouement remarquable. Bien que l’utilisation du clavecin reste très présente et que les pianos soient assez rares à cette époque, il y eut beaucoup d’innovations et d’amélioration de l’instrument. Sans cadre, avec seulement un barrage en bois, avec deux cordes par note et des marteaux recouverts de cuir, ce sont les pianos du style “viennois”.
L’évolution
Des années 1780 à 1890, le piano-forte connut beaucoup de modifications et d’améliorations qui vont l’amener à sa forme actuelle de “piano moderne”. Cette évolution a été motivée par le besoin des compositeurs et interprètes d’un son plus expressif et plus puissant. Elle a aussi été possible grâce au boom industriel de l’époque et une étude plus scientifique des problèmes acoustiques et mécaniques. C’est à cette époque que furent construites les premières usines capables d’un rendu plus précis et fiable que celui des meilleurs artisans. On produit plus, plus vite et mieux.
La tessiture augmenta au fil du temps. D’abord de 4 octaves et demi, puis de 5 octaves à l’époque de Mozart, 6 octaves et demi à l’époque de Chopin, à 7 octaves et un quart, puis 8 octaves et des fois plus, tessiture encore utilisée de nos jours.
Les piano-forte devinrent plus grands, robustes et puissants au fil des années. La firme anglaise Broadwood se tint au sommet de la fabrication de piano, rivalisant avec les facteurs artisanaux viennois, qui cessèrent d’évoluer.
Deux écoles de fabrication existaient alors : celle de Broadwood connue pour sa puissance et sa robustesse et celle de Stein, connue pour sa légèreté et sa sensibilité.
A cette époque, la bourgeoisie commença à adopter le piano dans sa pratique courante et les compositeurs et interprètes prirent une certaine indépendance en étant sous l’autorité d’aucun aristocrate. Ils pouvaient aussi enfin connaître une grande popularité chez toutes les classes sociales (ou presque) et par ce fait un succès impressionnant.
Deux facteurs de piano se firent concurrence. Sébastien Erard, un français, qui adopta “l’école de la robustesse” et Ignace Pleyel, un autrichien, qui adopta lui “l’école de la légèreté”.
C’est Erard qui dépose le brevet de l’invention du double échappement en 1821, qui permet de rejouer une même note avant que la touche revienne à sa position initiale.
Alpheus Boston, un américain, apporta de grandes améliorations en 1824-1825. Il est le premier à construire le cadre (l’armature qui supporte toute la tension dûe au nombre et à la masse des cordes) en une seule pièce. En 1828, il croise les cordes (les cordes basses passent au-dessus des cordes aigües), ce qui répartit mieux la tension et permet une meilleure vibration des cordes. C’est le système que l’on connaît actuellement.
C’est à cette époque que Steinway réussit en Amérique et construit ses pianos.
La pédale tonale est inventée en 1844 par Jean Louis Boisselot, améliorée en 1862 par Claude montal et brevetée en 1874 par Albert Steinway.
Le piano atteint sa forme actuelle dans le dernier quart du XIXème siècle.
Pour résumer, le piano vient d’une idée italienne, perfectionnée et améliorée par les artisans français et allemands et développée et industrialisée par les anglais puis les américains.
Au cours du XXème siècle, le piano ne changea quasiment pas, et ses fabricants restèrent les américains, les anglais, les allemands et les français. On a construit des pianos un peu partout dans le monde mais très peu de pays ne surent rivaliser avec les fabricants européens et étasuniens. Cependant, quelques pays développés, comme le Japon, connut un véritable succès pour la fabrication de piano. Yamaha a été fondée en 1887 et construit des pianos depuis 1900. Ses produits sont de grande qualité et reconnus dans le monde entier.
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